Laboratoire
de Biologie Médicale

 

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Assistance Médicale à la Procréation. Une équipe pour la Vie

Lundi, 8 h, niveau 1 du nouveau pôle mère-enfant, à deux pas de la rivière du Scorff. Dans la salle d’attente du service d’assistance médicale à la procréation (AMP), cinq personnes dont deux couples patientent. La règle est écrite nulle part, mais, ici, le silence est de rigueur.

Du rouge au vert

Une porte s’ouvre. Une femme, vêtue de bleue, un large sourire aux lèvres, vient chercher le seul individu qui ne soit pas accompagné. Direction la salle de recueil. « L’homme pourrait faire le don de sperme chez lui et se rendre ensuite chez nous avec le flacon sous le bras afin qu’il reste à bonne température. Mais ce n’est pas réglementaire et surtout, c’est plus sûr », commente Laurent Clotteau. Dans le labo, plongé dans la pénombre et voisin de la salle de recueil, une petite lumière rouge passe subitement au vert. La femme en bleue soulève la fenêtre du passe-plat qui relie les deux pièces, saisit un flacon et son précieux liquide et très vite, s’active. Les gestes sont vifs, précis. L’éjaculat va être centrifugé. But de la manipulation : concentrer les spermatozoïdes les plus fléchants. Comprenez les plus dynamiques et donc susceptibles d’être les plus aptes à féconder.

Deux ovocytes prélevés

8 h 30. Masque en papier sur la poitrine, Véronique Derrien, la gynécologue, entre dans le labo : « C’est bon. C’est fait. Il devrait y en avoir deux ». Elle vient de réaliser auprès d’une jeune femme une ponction folliculaire. Les examens ont mis en évidence deux ovocytes. Bertrand Vallée empoigne cinq grosses seringues emplies d’un liquide rougeâtre et fonce vers son microscope binoculaire. « Je vais à la pêche ». Le biologiste vide la première seringue, rien. Deuxième seringue, rien. Troisième, rien. Quatrième, rien. Cinquième... « Cela devient stressant. Ouf. Les deux ovocytes sont là. J’ai cru que l’on était dans une ponction blanche ». 9 h. Toc-toc à un autre passe-plat. Celui-ci donne sur l’une des deux salles de transfert. Une main apparaît. Elle attend le sperme centrifugé qui doit être inséminé. « Je n’arrive pas à séparer les deux ovocytes. Je vais attendre un peu ». Toujours aussi stressé Bertrand Vallée ? « Pas du tout. C’est pour la future maman que je suis stressé. Si cela avait été une ponction blanche, il aurait fallu tout recommencer : traitement, analyses... Non, ici on est dans la routine. Quand on vous opère de l’appendicite, vous êtes en droit d’attendre de la part du chirurgien beaucoup de sang-froid. Ici, c’est pareil. Ce qui importe, c’est que les gens sachent faire les bons gestes ».

Pas des faiseurs de miracles

10 h 30. Les portes des deux salles de recueil et de transfert sont entrouvertes. Le service s’est vidé sans que l’on s’en rende compte. Laurent Clotteau et Bertrand Vallée dressent le bilan de la matinée. Quatre dons de sperme. Trois pour une insémination artificielle. Un pour une fécondation in vitro. Avec seulement deux ovocytes récupérés, ils ne sont guère optimistes. « Nous ne sommes pas des faiseurs de miracle. Nous faisons seulement avec ce que la nature veut bien nous donner ».

Le jour zéro s’achève

Il n’empêche qu’à 14 h, Bertrand Vallée revient dans le labo pour procéder à la fécondation in vitro. Si tout se passe comme prévu, demain, lorsqu’il franchira la porte, il sera en présence de deux zygotes. Dans le jargon de l’AMP, le jour zéro s’achève. Mardi 8 h. Laurent Clotteau et Bertrand Vallée sont seuls. Aucun don de sperme, aucune ponction ne sont programmés. Une fois de plus, c’est la nature avec en filigrane le cycle des femmes qui fixe le tempo. L’unique opération à laquelle est astreint Bertrand Vallée s’appelle la décoronisation des deux zygotes. En les sortant de la chambre qui les a maintenus toute la nuit à 37 º, le biologiste retient son souffle. La fécondation in vitro a-t-elle marché ? Les yeux rivés sur son microscope, il annnonce la couleur : « Il n’y en aura qu’un ». C’est mieux que rien, mais ce n’est pas bon signe d’autant que la division cellulaire tarde à s’accélérer. Bertrand Vallée s’empresse de remettre l’embryon au chaud. Dans moins de 24 h, toute l’équipe saura s’il est viable. Fin du jour 1. Mercredi, 8 h. Les visages sont fermés. Comme l’équipe le craignait, la fécondation in vitro n’a pas marché. Le transfert dans l’utérus est annulé. « La femme a été prévenue par téléphone que ce n’était pas la peine qu’elle se déplace. Nous savons que pour elle, cela va être dur. Très dur. C’est la vie ». Dans quelques jours toute l’équipe décidera si ou non, il est judicieux de poursuivre l’expérience avec ce couple. Pour cette FIV, le jour 2 n’aura été que de courte durée. Tiens ! Une petite lumière rouge vient de passer au vert. Une nouvelle insémination se prépare. La vie continue

Dernière mise à jour le mardi 18 juillet 2017 | Plan du site | Mentions légales | Se connecter