Laboratoire
de Biologie Médicale

 

Fermer

Baisse de la prévalence féminine des condylomes anogénitaux (étude à Paris)

La prévalence des condylomes anogénitaux a diminué dans la population féminine consultant pour la première fois au centre d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (Ciddist) de l’hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP) entre 2008 et 2012, ce qui pourrait s’expliquer par l’introduction du vaccin contre le papillomavirus (anti-HPV), selon une étude présentée mercredi aux Journées dermatologiques de Paris (JDP).

"Les condylomes anogénitaux figurent parmi les infections sexuellement transmissibles (IST) les plus fréquentes avec une prévalence sur la vie entière d’environ 5% dans la population générale, selon des données américaines qui peuvent s’appliquer à la France", a rappelé le Dr Sébastien Fouéré de l’hôpital Saint-Louis lors de sa présentation orale.

L’incidence est estimée entre 100 et 200 nouveaux cas par an pour 100.000 habitants et en France, près de 95% des cas sont liés aux papillomavirus humains 6, 11 et 16. Or le vaccin anti-HPV quadrivalent mis sur le marché en 2006 en France (Gardasil*, Sanofi Pasteur-MSD) et remboursé par l’assurance maladie en 2007 couvre les valences 6, 11, 16 et 18, ce qui laisse supposer qu’il peut être efficace pour prévenir les condylomes acuminés.

Ce vaccin est indiqué dans la prévention, d’une part, des lésions génitales précancéreuses (du col de l’utérus, de la vulve et du vagin) et du cancer du col de l’utérus dus à certains types oncogènes de HPV et, d’autre part, des verrues génitales, rappelle-t-on.

La population cible a évolué depuis sa commercialisation et actuellement, la vaccination est indiquée à partir de 9 ans mais le remboursement est prévu à partir de 11 ans depuis mai, au lieu de 14 ans précédemment, conformément à l’avis du Haut conseil de la santé publique (HCSP) publié en janvier.

Comme les condylomes anogénitaux constituent un marqueur précoce et pratique pour évaluer l’efficacité du vaccin à l’échelle d’une population, le Dr Fouéré et ses collègues de l’hôpital Saint-Louis ont estimé leur prévalence au Ciddist.

Pour cela, ils ont conduit une étude rétrospective à partir de tous les dossiers des personnes de moins de 23 ans venues consulter pour la première fois au Ciddist en 2008, 2010 et 2012 pour identifier tous les nouveaux diagnostics de verrues génitales.

"En 2008, des condylomes anogénitaux ont été retrouvés chez 5,65% des primoconsultantes de 23 ans et moins. En 2010, ce chiffre restait assez stable, à 5,95%, mais diminuait de manière très nette à 2,2% en 2012", a souligné le Dr Fouéré.

En parallèle, la prévalence est restée stable dans la population masculine, de 6% en 2008, 6,7% en 2010 et 6,6% en 2012.

A titre de contrôle, les chercheurs ont recherché la prévalence des infections à Chlamydia trachomatis dans la même population, constatant également une stabilité, de 8,03% en 2008 et de 8,07% en 2012.

"On observe aussi un impact dans la population des femmes de tous âges" puisque la part des consultations pour verrues génitales au Ciddist est passée de 9,2% à 7,3%, alors qu’elle est "remarquablement stable" chez les hommes, de respectivement 8,35% et 8,31%.

Ces résultats montrent "une baisse nette, significative, avec une division par 2,57 entre 2008 et 2012, et spécifique de la prévalence des condylomes anogénitaux chez les primoconsultantes âgées de 23 ans et moins".

La diminution moindre (division par 1,25) des consultations pour verrues génitales chez les femmes de tous âges confondus, la stabilité chez les hommes, jeunes ou tous âges confondus, ainsi que celle de l’infection à Chlamydiae plaident pour un effet spécifique d’autant plus notable que la couverture vaccinale en France est insuffisante.

"Nous n’avons pas trouvé d’autres explications que la vaccination anti-HPV", a commenté le Dr Fouéré, qualifiant la couverture vaccinale en France contre les HPV d’"affligeante". Sans faire référence explicitement à une plainte déposée contre Sanofi Pasteur-MSD et l’ANSM pour des complications après vaccination par Gardasil*, il a regretté "des temps obscurs où l’on craint davantage les vaccins et les médicaments que les maladies elles-mêmes".

En Australie, où un programme de vaccination a permis d’obtenir une couverture de 80%, les condylomes ont quasiment disparu chez les femmes, avec une prévalence passée d’environ 10% en 2006 à moins de 1% en 2011, a-t-il fait valoir. "Et ça commence même à baisser chez les hommes !"

Même si avec plus de 13.000 consultations en 2012, le Ciddist de Saint-Louis est le plus important d’Ile-de-France, le Dr Fouéré a prévenu que ces résultats n’étaient pas extrapolables car il existe des biais de recrutement dans cette étude car cette population parisienne consultant dans un centre d’IST est susceptible d’être davantage vaccinée.

Ils ont quand même suscité l’intérêt de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), a-t-il suggéré.

"Sept ans après la commercialisation du vaccin anti-HPV, son efficacité en prévention des condylomes acuminés se confirme à l’échelon épidémiologique malgré une mauvaise couverture vaccinale. Ceci est une incitation supplémentaire à en promouvoir l’utilisation", concluent les auteurs.

Dernière mise à jour le mardi 18 juillet 2017 | Plan du site | Mentions légales | Se connecter