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Deux tests de diagnostic rapide de résistances aux antibiotiques mis au point à l’Inserm

Deux tests de diagnostic permettant de détecter rapidement la présence d’entérobactéries résistantes aux antibiotiques ont été présentés jeudi par une équipe de l’Inserm.

La résistance aux antibiotiques pose un problème tant lors d’interventions lourdes et de transplantations qu’en médecine de ville. "La relation entre mortalité et résistance aux antibiotiques est aujourd’hui clairement établie. Ces bactéries seraient responsables d’environ 25.000 morts en Europe chaque année", a rappelé le Pr Patrice Nordmann, directeur de l’unité Inserm "Résistances émergentes aux antibiotiques" et du centre de référence des résistances aux antibiotiques du Kremlin-Bicêtre.

L’effort de développement des antibiotiques se concentre principalement sur les bactéries gram+, comme les staphylocoques, "mais très peu sur les gram- comme le colibacille, alors qu’il est le premier pathogène humain", a déploré le Pr Nordmann. D’où une nécessité d’autant plus forte de détecter les résistances des gram- aux antibiotiques existants.

Son équipe a mis au point deux tests identifiant deux enzymes responsables de la résistance des bactéries à deux types d’antibiotiques : les carbapénèmes, antibiotiques de dernier recours, et les céphalosporines, à large spectre. Basés sur le même principe, les deux tests devraient avoir des applications assez différentes, le premier devrait être utilisé exclusivement à l’hôpital alors que le deuxième serait potentiellement utilisable en ville.

LE TEST DETECTANT LES RESISTANCES AUX CARBAPENEMES DISPONIBLE D’ICI 12 A 16 MOIS

Le premier test, Carba NP -pour Nordmann-Poirel, du nom des deux chercheurs qui l’ont mis au point-, détecte les résistances aux carbapénèmes qui ont émergé en raison de l’utilisation massive de ces antibiotiques dans des régions du monde où les conditions climatiques et d’hygiène sont favorables au développement d’entérobactéries. Ces souches d’entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (par production de carbapénèmases) sont une préoccupation croissante. L’épidémie la plus médiatique ces dernières années venait de New-Dehli.

"Le problème est aujourd’hui plus global, puisque d’importants réservoirs sont identifiés au Maghreb, en Grèce et en Italie, la France étant dans une situation intermédiaire", a estimé le Pr Nordmann. En 2010, la direction générale de la santé a d’ailleurs émis une directive pour que les hôpitaux français mettent en place des mesures de détection d’entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC) et d’isolement des patients concernés.

La production de carbapénèmases est souvent associée à d’autres mécanismes de résistance, rendant ces bactéries résistantes à d’autres classes d’antibiotiques, ce qui peut conduire à terme, à des impasses thérapeutiques. L’Institut de veille sanitaire (InVS), chargé de suivre de près l’évolution des épisodes impliquant ces entérobactéries, en a dénombré 10 en 2009, 28 en 2010, 111 en 2011 et 53 durant les premiers mois de 2012.

Le principe du test est simple. Il est fondé sur l’acidification générée par les carbapénèmases en présence de l’antibiotique. Si l’enzyme est présente (souche résistante), le milieu s’acidifie et l’indicateur vire du rouge au jaune en 10-15 minutes.

Pour l’instant, il est validé sur des bactéries isolées dans les urines lors d’une infection déclarée, ou à partir des bactéries présentes dans les selles. Le but à terme est de pouvoir utiliser directement le test sur les prélèvements (urine, sang ou selles), sans passer par l’isolement et la culture.

L’équipe a publié en septembre dans Emerging Infectious Disease les résultats obtenus sur 162 souches d’entérobactéries venant des quatre coins du monde et isolées à partir d’hémocultures, d’urine et d’expectorations ainsi que 46 souches susceptibles aux carbapénèmes (ou de susceptibilité décroissante).

Le Carba NP a été comparé à l’Etest (BioMérieux) basé sur la détermination de la concentration minimale inhibitrice (CMI). En utilisant Carba NP, le milieu a viré du rouge au jaune dans tous les puits contenant des souches productrices de carbapénèmases. Le test était spécifique à 100% et sensible à 90%.

Le développement d’un kit clef en main est en cours de développement industriel, il devrait être disponible d’ici 12 à 16 mois. Le nom de la société qui le commercialisera n’a pas être communiqué lors de la conférence organisée par l’Inserm.

Il devrait coûter autour de 4-5 euros. "En comparaison, le test contre la grippe actuellement utilisé à l’hôpital Bicêtre présente une spécificité comprise entre 60 et 70% et coûte 30 à 40 euros".

LE TEST POUR LES CEPHELOSPORINES ENVISAGEABLE EN VILLE

Le deuxième test, mis au point selon le même principe, détecte les entérobactéries productrices de bêta-lactamases à large spectre. La production de ces enzymes confère une résistance aux céphalosporines. Or, cette résistance concerne entre 6 et 8% des infections causées par des entérobactéries.

En théorie, une fois commercialisé, il pourrait être utilisé au cabinet du médecin pour adapter l’antibiothérapie lors d’infections urinaires.

A la différence du test de détection des carbapénèmases, Patrice Nordmann et Laurent Poirel n’ont pas encore trouvé de partenaire industriel pour le développer.

D’après les résultats publiés en septembre dans Journal of Clinical Microbiology, ce test présente une spécificité et une sensibilité de 100%

Dernière mise à jour le mercredi 21 juin 2017 | Plan du site | Mentions légales | Se connecter