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Dosage de la vitamine D : les recommandations de la HAS contestées

Les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) sur le dosage de la vitamine D qui en limitent les indications sont contestées par des spécialistes français dans un texte publié par La Presse médicale, vol.43, n°1, p5-8

"Ne passons pas d’une situation extrême à une autre situation tout aussi extrême", affirment Jean-Claude Souberbielle de l’hôpital Necker à Paris (AP-HP) et ses 46 collègues.

Publié fin octobre 2013, le "Rapport d’évaluation sur l’utilité clinique du dosage de la vitamine D" de la HAS avait été demandé par la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts), en raison de l’augmentation importante de la prescription de ce dosage en France. La HAS concluait que "doser la vitamine D ne présente aucune utilité démontrée dans un grand nombre de situations cliniques". Et le communiqué de presse affirmait que ce dosage n’avait "pas d’utilité en routine".

"Nous pensons tous que trop de dosages de la vitamine D sont prescrits", déclarent les 47 spécialistes dans La Presse médicale. Mais il faut selon eux "nuancer certaines conclusions".

"Contrairement à ce qui est écrit dans les conclusions du rapport de la HAS et, surtout, du communiqué de presse qui, n’en doutons pas, sera le seul texte qui sera lu par l’immense majorité du public médical et non médical, nous considérons qu’il existe des indications pour lesquelles le dosage de la vitamine D présente une utilité incontestable en routine".

Leur critique porte particulièrement sur l’ostéoporose. Ils expliquent que "le lien entre vitamine D et risque de fracture est très bien documenté", qu’il y a une concentration minimale qui peut être considérée comme un "objectif thérapeutique reconnu" et que "compte tenu de la grande variabilité de la réponse à une supplémentation par la vitamine D, seul le dosage préalable souvent combiné au contrôle de cette concentration sous traitement par vitamine D permet d’atteindre et maintenir" la concentration cible.

"Il nous paraît que ne pas retenir l’ostéoporose comme indication du dosage de la vitamine D [...] peut être une perte de chance pour le patient".

"On peut d’ailleurs s’étonner que ces conclusions soient sur ce point en contradiction avec l’avis consensuel des experts, y compris ceux du groupe de travail de la HAS, pourtant clairement indiqué" dans une annexe au rapport, déplorent ces spécialistes.

Sur d’autres points, ils jugent les recommandations de la HAS trop restrictives, par exemple quand la HAS recommande le dosage de la vitamine D dans le suivi après chirurgie bariatrique : "De manière cohérente cette recommandation devrait être appliquée à toute autre situation de malabsorption intestinale". Quant à la recommandation de suivi du transplanté rénal, "là encore il est cliniquement cohérent de l’étendre à tous les patients insuffisants rénaux chroniques à un stade 3b [...] et à tous les patients en dialyse chronique".

Ces recommandations "ne vont pas conduire à un meilleur usage du dosage de la vitamine D" car il y aura un "abandon de dosages dans des situations pathologiques où ils sont, selon nous, nécessaires à la bonne prise en charge des malades", concluent les auteurs.

Ils s’inquiètent d’un risque de déremboursement des indications non recommandées dans le rapport de la HAS. "Nous nous élevons vigoureusement contre la possibilité que nos patients aient à payer cet acte".

Au-delà de la question du dosage, ils craignent qu’une "lecture rapide" du rapport n’induise une "réticence globale" vis-à-vis de la supplémentation en vitamine D "qui serait hautement dommageable pour la population, en particulier pédiatrique et gériatrique".

Dernière mise à jour le mercredi 21 juin 2017 | Plan du site | Mentions légales | Se connecter