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Polémique sur le dépistage du cancer du sein : nouvelle publication de données négatives sur la mortalité

Le British Medical Journal (BMJ) publie mercredi de nouvelles données d’une étude canadienne sur le dépistage du cancer du sein qui ne met pas en évidence de réduction de mortalité due à ce cancer sur un suivi de 25 ans, et confirme l’existence d’un surdiagnostic, de 22%

Cette nouvelle publication issue de la Canadian National Breast Cancer Screening Study, qui risque de relancer la polémique sur le bien-fondé de ce dépistage, a l’avantage d’un très long suivi et du fait qu’elle était randomisée entre dépistage et non-dépistage. En revanche, elle a évalué un protocole de dépistage différent de celui utilisé en France : ont été dépistées des femmes de 40 à 59 ans, annuellement durant cinq ans, alors qu’en France le dépistage commence à 50 ans et se prolonge 74 ans, et est pratiqué tous les deux ans.

Dans cette étude, au début des années 1980, 89.835 femmes de 40 à 59 ans ont été randomisées entre le dépistage annuel ou pas de dépistage.

Durant les cinq années de dépistage, 666 cancers du sein ont été détectés dans le groupe dépisté, contre 524 dans le groupe non dépisté, soit 142 cancers en plus dans le groupe dépisté. Mais parmi ces cancers, à l’issue des 25 ans, le nombre de décès était similaire.

Par ailleurs, quand l’ensemble des cancers du sein survenus durant les 25 ans sont comptés (c’est-à-dire ceux détectés durant la phase randomisée et ceux survenus ultérieurement), le nombre de décès par cancer du sein était similaire.

Le surnombre de cancers du sein dans le groupe dépisté (142 en plus initialement) a légèrement diminué durant le suivi ultérieur, mais il est tout de même resté 106 cancers du sein en excès dans ce groupe. Cela correspond à un surdiagnostic de 22%, calculent Anthony Miller de l’université de Toronto et ses collègues.

Les auteurs tentent d’expliquer la différence de résultat entre leur étude et l’étude suédoise très connue qui rapportait, sur un suivi de 29 ans, une baisse de 31% de la mortalité par cancer du sein grâce au dépistage. D’abord, dans l’étude suédoise, le dépistage était moins fréquent (tous les 24 à 33 mois). Ensuite, dans cette étude où l’on ne comparait pas des patientes individuelles mais des territoires entiers, ils supputent un déséquilibre entre les groupes comparés.

De plus, la taille moyenne des tumeurs dans l’étude suédoise était plus grande que dans leur étude. Enfin, dans l’étude suédoise, les patientes diagnostiquées n’ont pas reçu de traitement adjuvant alors que ce fut le cas dans l’étude canadienne, comme cela se pratique actuellement.

Les chercheurs canadiens reconnaissent que leurs résultats pourraient ne pas être généralisables à tous les pays, notamment à des pays où les cancers diagnostiqués en clinique sont de plus grande taille et où il y a plus souvent un envahissement ganglionnaire.

Mais "dans les pays techniquement avancés, nos résultats soutiennent le point de vue de certains commentateurs selon lequel le raisonnement conduisant au dépistage par mammographie devrait être rapidement réévalué par les décideurs", concluent-ils. Ce qui n’exclut pas de rappeler l’importance de l’information, du diagnostic précoce et d’une excellente prise en charge, ajoutent-ils.

Dans un éditorial du BMJ, Mette Kalager et Hans-Olov Adami de l’université d’Oslo abondent dans le sens des chercheurs canadiens et vont jusqu’à comparer le dépistage du cancer du sein à celui de la prostate, dont la non-recommandation, pour sa pratique systématique, fait l’objet d’un consensus.

(BMJ, publication en ligne du 11 février)

Dernière mise à jour le mercredi 21 juin 2017 | Plan du site | Mentions légales | Se connecter