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Une escalade des gonocoques résistants aux antibiotiques de dernier recours "extrêmement préoccupante" (InVS)

L’Institut de veille sanitaire (InVS) s’inquiète de l’émergence de souches de gonocoques résistantes aux céphalosporines de troisième génération constatée en France dans une étude sur l’évolution des gonococcies entre 2001 et 2012, publiée mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

Habituellement responsable d’infections génitales non compliquées, la gonococcie peut occasionner des complications sévères comme des salpingites, des orchi-épididymites ou encore des septicémies, et accroît le risque de contamination par le VIH. A la suite des campagnes de prévention du sida dans les années 1980, le nombre de nouveaux cas de gonococcies avait chuté dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest.

Toutefois, depuis 2000, les réseaux de surveillance de cliniciens (RésIST) et biologiques (réseau national des gonocoques -Rénago) ont mis en évidence une augmentation des gonococcies. Parallèlement à cette recrudescence, de nombreux pays ont rapporté des taux croissants de résistance du gonocoque à la ciprofloxacine, une fluoroquinolone qui était alors le traitement oral "minute" de première intention.

Les céphalosporines de troisième génération en dose unique sont à privilégier depuis 2005 : ceftriaxone (injectable) en première intention et céfixime (oral) en cas de refus ou d’impossibilité de traitement parentéral.

Guy La Ruche de l’InVS et ses collègues décrivent l’évolution en France de la sensibilité des gonocoques aux antibiotiques entre 2001 et 2012 en s’appuyant sur les données des réseaux RésIST et Rénago.

Le nombre de gonococcies déclarées au cours de la période a augmenté, mais cette progression n’est pas uniquement due à la montée en charge des infections, elle reflète aussi l’augmentation du nombre de laboratoires participants. Les personnes infectées étaient majoritairement des hommes (81%), mais la proportion des femmes a été en constante progression pour atteindre 31% des infections en 2012.

La proportion de souches résistantes à la tétracycline est passée de 29% en 2001 à 56% en 2012. Les résistances à la ciprofloxacine sont quant à elles passées de 14% à plus de 40% depuis 2006.

La proportion de souches résistantes au céfixime reste modérée, mais a quadruplé entre 2011 et 2012, passant de 0,7% à 3%. De plus, en 2010, pour la première fois, des résistances à la ceftriaxone ont été identifiées et la proportion de souches présentant une sensibilité abaissée à cette céphalosporine de troisième génération augmente de "façon particulièrement nette" depuis 2010, notent les auteurs.

Les résistances au céfixime, et plus récemment à la ceftriaxone, "pourrait aboutir à moyen terme à une impasse thérapeutique", s’inquiète l’équipe de chercheurs.

Par ailleurs, l’augmentation de la résistance du gonocoque au céfixime suggère que des cliniciens continueraient de prescrire ce médicament en première intention, malgré les recommandations de 2005 réitérées en 2008.

L’émergence de résistances aux céphalosporines de troisième génération "est extrêmement préoccupante dans la mesure où elles représentent la dernière ligne de traitement, sans alternative thérapeutique actuellement crédible", estiment les auteurs dans leur conclusion.

Une surveillance des échecs thérapeutiques aux céphalosporines de troisième génération est en cours d’établissement à l’échelon européen.

Evolutions des résistances du gonocoque aux antibiotiques en France de 2001 à 2012

Dernière mise à jour le lundi 2 octobre 2017 | Plan du site | Mentions légales | Se connecter